Sans l'Armée, la nouvelle vie du peloton amateur

C'est la quille ! La Coupe de France Look des clubs de DN1 démarre ce samedi sans le vainqueur sortant, l'équipe de l'Armée de Terre. Le fantôme au suaire kaki va hanter le Grand Prix du Pays d'Aix cependant, et chacun jurera que les coureurs-soldats sont tapis dans l'ombre, prêts à lancer le coup gagnant, tant ils étaient devenus le pivot des courses ces deux dernières années... Le passage de l'équipe en Continentale cet hiver devrait entraîner son lot de changements pour la saison amateur en général, et à la Coupe de France en particulier, comme l'expliquent les directeurs sportifs de la DN1 à DirectVelo.com.
1 NOUVELLES TACTIQUES ?
"Le départ de l'Armée de Terre va modifier les prises de décision, estime Stéphane Bauchaud, de l'Océane Top 16. Jusqu'à présent, une échappée sans un membre de l'Armée de Terre n'avait que très peu de chance de vivre. L'équipe roulait sur l'échappée si elle était moins bien représentée que le Vendée U... et vice-versa". En 2015, la Coupe de France devra se trouver un autre centre de gravité que l'Armée et, plus précisément, que la lutte entre l'Armée et le Vendée U. Le classement final avait tourné à l'avantage du second en 2013, les militaires avaient pris leurs revanche en 2014. Sort scellé dès les premières manches. Les autres clubs savaient qu'ils se disputeraient la troisième marche du podium, puis les miettes (lire ici).
La Coupe de France s'était transformée en un vaste espace de neutralisations. L'Armée de Terre n'en était pas la responsable directe, mais elle a confirmé la tendance selon laquelle on gagne en faisant perdre ses adversaires. Les deux ou trois premières épreuves du calendrier servaient à accumuler les points, les autres à défendre ce capital. Et encore... Le Grand Prix Souvenir Jean-Masse, ouverture du circuit en 2014, avait été verrouillé pour le sprint, l'exercice favori de l'Armée de Terre (lire ici).
"Vraiment pas intéressant", déplore Jean-Philippe Duracka. En 2015, "la course sera plus ouverte, ajoute le directeur sportif du Team Pro Immo Nicolas Roux. Du coup, il faudra faire attention à ne pas se faire piéger en début d'épreuve..." Son collègue Yannick Botrel (BIC 200) espère un scénario plus débridé : "J’espère que cela donnera une prime aux attaquants. Avec l’Armée on voyait souvent le même scénario : on laisse faire au début et on met en route dans le final."
2 NOUVELLE HIERARCHIE ?
"Il y a des places à prendre !" Les directeur sportifs interrogés se félicitent de cet appel d'air. Comparable à la montée du VC La Pomme Marseille, habituée des podiums, au niveau Continental en 2010. Un siège se libère dans le Top 5, à commencer par la toute première place qui n'est plus garantie aux militaires... A qui le tour ? Pour Régis Auclair, "l’Armée ne sera pas remplacée, il n’y aura pas d’équipe capable de briller avec une quinzaine d’individualités aussi extraordinaires". Le dirigeant du Team Vulco-VC Vaulx-en-Velin prédit que "la domination d’un seul club sera remplacée par une confrontation de plusieurs clubs de haut niveau".
La liste de Régis Auclair : "le Vendée U, mais aussi le Team U Nantes, Chambéry, le CC Etupes, le CC Nogent, et pourquoi pas le GSC Blagnac ou le BIC 2000 ?"
S'il fallait retenir un seul nom, le Vendée U s'impose. Dans un sondage à paraître vendredi sur DirectVelo, les directeurs sportifs plébiscitent la réserve du Team Europcar pour la victoire finale en Coupe de France. Rappelant que "le Vendée U était déjà aussi fort collectivement que l’Armée ces dernières années" (Steve Arbault, de Sojasun espoir-ACNC). Ou que le club "réalise déjà un très fort début de saison" (Stéphane Bauchaud, de l'Océane Top 16).
Sans surprise, le Vendée U rejette le rôle de super favori. "Nous ne sommes pas les seuls... Il y a des équipes qui se sont bien renforcées cet hiver, comme Chambéry CF et le GSC Blagnac VS 31. Le niveau sera très bon..."
3 NOUVEAU CLIMAT ?
Raviver le souvenir tout frais de l'Armée de Terre dans le peloton amateur, c'est lever des pointes d'admiration ou d'amertume. Certains considèrent en effet depuis 2012 que le club devenu équipe Continentale bénéficiait d'avantages très « avantageux »... Statut professionnel des coureurs (sous contrat militaire), budgets et moyens matériels à l'image de son fameux bus, faisaient entre autres la particularité de l'équipe.
"L'Armée avait une infrastructure digne des pros, estime Laurent Pillon, de l'ESEG Douai. Désormais, il y aura plus d'égalité entre les clubs."
Ce club manifestement au-dessus des autres, par son fonctionnement et ses résultats "va manquer" à quelques-uns, comme Loïc Varnet, le Manager de Chambéry Cyclisme Formation. La réserve d'AG2R La Mondiale, qui jouit pourtant d'une structure solide et plus confortable que celle de ses rivaux, cite les coureurs de l'Armée de Terre en modèle : "Ils avaient un comportement exemplaire en course, ils rehaussaient le niveau sportif. Ils véhiculaient une image très positive pour le cyclisme amateur."
Le successeur de l'Armée de Terre sur le toit de la Coupe de France DN1 sera connu le 6 septembre, au terme de la Classique Champagne-Ardenne.
Crédit photo : Elen Rius - photos-elen-rius.weebly.com
