Claudine Fangille : « L'Étoile ne nous rapporte rien »

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo

L’air grave, les larmes aux yeux, Claudine Fangille n’a pu cacher son émotion au moment de revenir - quelques minutes après la victoire d’étape d’Arnaud De Lie - sur une journée pas comme les autres sur l’Etoile de Bessèges (lire ici le récit d’une heure hors du temps). L’organisatrice de la première course par étapes française du calendrier, 55e édition cette semaine, se veut aussi triste que fataliste. “Il faut bien que les coureurs comprennent que ce n’est pas facile pour les organisateurs. En dehors d’ASO, qui est capable de privatiser totalement les routes ? De notre côté, on n’en est pas capable”, admet-elle factuellement auprès de DirectVelo. Ce vendredi après-midi, Claudine Fangille elle-même, la première des bénévoles, a d’ailleurs assuré la sécurité au niveau d'un carrefour au pied du col des Brousses, en fin de parcours. “J’ai appelé six bénévoles et on a tenu les petits parkings et la sortie de la station-essence à Clairac. On tient tous les coins que l’on peut, mais on ne peut pas tout faire”, insiste celle qui ne peut être au four et au moulin et n'a, ainsi, même pas assisté au sprint final dans la zone d'arrivée. 


« SI ON N’EST PLUS LÀ, J’AURAI DES SOUCIS EN MOINS »

Certains répondront sans doute qu’il ne faut, dans ce cas, pas prétendre à organiser un événement de ce type. Claudine Fangille a alors une pensée émue pour son père disparu, Roland Fangille, l’homme de l’Étoile, à qui ses proches ont voulu rendre hommage en reprenant le flambeau depuis qu’il a quitté ce monde. “Je me souviens que papa me disait : « ça devient trop compliqué, laisse tomber ». J’en arrive effectivement à un point où je me dis que c’est bon…”. Avant de développer. “L’Étoile ne nous rapporte rien, on ne gagne rien sur l’organisation de cet événement, on est là uniquement pour les faire courir. Si on n’est plus là l’année prochaine, ce n’est pas grave pour moi, j’aurai des soucis en moins”, lâche-t-elle avec amertume en pensant aux huit formations qui ont décidé d'abandonner la course. 

Bien sûr, Claudine Fangille est tout de même fière de ce qui a été réalisé durant des décennies, en famille, avec désormais l’appui de Romain Le Roux, son gendre. Mais le stress quotidien d’une telle organisation, et le scénario catastrophique du jour, pourraient finir par la décourager. “Ce matin à la réunion des DS, les gendarmes nous ont dit que les coureurs ne les écoutaient pas toujours, qu’ils ne les laissaient pas facilement remonter le peloton pour sécuriser les points suivants. C’est compliqué pour tout le monde et bientôt, peut-être qu’il n’y aura plus que quelques courses en France”.

« ILS ONT FAIT ARRÊTER DEUX FOIS LA VOITURE… »

Elle se réjouit tout de même de “l’apport économique” de la course pour le département, notamment avec la diffusion télévisée sur la chaîne L’Equipe. Elle assure que la “bulle sécuritaire” est la même que l’année dernière, “avec des gendarmes expérimentés", qui œuvrent depuis des années. “On ne peut pas dire qu’ils ne font pas bien leur travail”. Claudine Fangille revient alors sur le premier gros incident de la semaine, celui qui a projeté plusieurs coureurs au sol et contraint Maxim Van Gils à l’abandon. “Ils ont fait arrêter deux fois la voiture en question mais elle a redémarré quand même. Comment faut-il faire ? Hormis laisser quelqu'un devant chaque portail…”.

Le symbole était d’autant plus fort ce vendredi qu’il s’agissait de l’étape historique tracée autour de Bessèges, “non loin de là où sont les cendres de papa”, rappelle-t-elle la voix tremblante. “On avait mis son portrait à l’entrée de l’étape”. Coïncidence totale, il se trouve que Claudine Fangille allait devenir grand-mère d’une petite Lou ce vendredi en fin d’après-midi, Romain Le Roux devant lui-même quitter les routes de la course au cœur de l’après-midi pour rejoindre sa compagne à la maternité. “C’est notre satisfaction, on aura une petite fille, un bébé de l’Étoile qui sera là, elle aussi, en plus de papa qui n’est pas loin, pour peut-être la dernière édition”.

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