Pauline Ferrand-Prévot : « Je trouverai d’autres objectifs »

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo

Un rêve de petite fille devenu réalité. Après avoir écrasé la concurrence dans les pentes du Col de la Madeleine samedi, et malgré une belle frayeur en tout début de course pour ce neuvième et dernier acte de l’épreuve, Pauline Ferrand-Prévot a remporté, ce dimanche, le Tour de France, dès sa première tentative. Cerise sur la gâteau : elle s’impose en jaune, à Châtel, lors de la dernière étape. DirectVelo était présent à la conférence de presse de la Rémoise. Il y est question de cette ultime journée de course mais aussi de l’avenir. « PFP » aura-t-elle l’envie de revenir sur le Tour ? Va-t-elle se trouver d’autres challenges ? N’a-t-elle pas peur de se lasser une nouvelle fois de la route, comme cela avait déjà été le cas par le passé ? Enfin, qu'a-t-elle à répondre sur le sujet épineux de la perte de poids ? Entretien.


DirectVelo : Tu viens de remporter le Tour de France en gagnant, en jaune et en solitaire, la dernière étape !
Pauline Ferrand-Prévot : C’est incroyable ! Je rêvais de pouvoir gagner en jaune. Ce matin, j’avais dit au staff que si on pouvait le faire, s’il y avait une opportunité, il faudrait tenter. Tout ne s’est pas franchement déroulé comme espéré au début. J’ai fait une grosse erreur en début de course. Quelqu’un a laissé un écart dans la descente. Heureusement, c’est rentré mais je me suis dit qu’il fallait que je me ressaisisse sinon, ça n’allait pas le faire. J’ai compris qu’on n’allait pas me faire de cadeaux. Je me sentais mal pour mes coéquipières qui ont toutes dû rouler pour me ramener à l’avant. Je suis restée bien concentrée tout le long, notamment dans les descentes où ça roulait très vite.

« C’EST ENCORE LE NIVEAU AU-DESSUS »

Comment as-tu géré les derniers kilomètres ? Avais-tu prévu cette attaque ?
Le final n’était pas facile car il était assez tactique. J’attendais de voir comment j’allais me sentir dans la dernière montée. Mon DS m’avait dit d’attaquer là si je le sentais. Quand j’ai vu que Demi (Vollering) y allait, je me suis dit que c’était le moment parfait pour contre-attaquer. Je n’avais plus grand-chose à perdre car on était à cinq bornes de l’arrivée. J’ai voulu y aller à fond jusqu’au bout. Je ne me suis jamais retournée, mais c’était tellement dur que je n’ai pas pu en profiter. J’avais vraiment les toxines partout dans le corps, ce n’était pas un moment très agréable. Mais lever les bras avec le maillot jaune, c’est encore le niveau au-dessus par rapport à hier (samedi).

Tu as écrasé ce dernier week-end…
Ça peut paraître facile mais ça ne l’est pas. J’ai mis la barre vraiment très haut cette année, ça a été beaucoup de sacrifices. Comme je l’ai dit hier à mes coéquipières, je n’ai pas fait tout ça pour rien. C’est une belle victoire et une belle leçon de vie.

« J’AI JUSTE ENVIE DE RETROUVER LA MAISON »

As-tu un prochain objectif en tête ?
J'ai juste envie de voir mes coéquipières, de les remercier, de voir Dylan (Van Baarle, son compagnon, NDLR) et de profiter. Je ne suis pas rentrée de chez moi depuis pas mal de temps maintenant. J'ai juste envie de retrouver la maison et d'avoir une vie un peu plus normale.

Tu t’étais donné trois ans pour gagner le Tour, c’est déjà fait…
C’est vrai que je n’avais pas forcément trop pensé à ça (rire). Ce matin, en me levant, je me suis demandé ce que j’allais faire par la suite si je gagnais aujourd’hui. Je ne sais pas, pour l’instant j’ai envie de profiter. Et après, on verra, il y a encore de belles courses à gagner dans ma carrière.

Est-ce plus fort encore que d’avoir décroché le titre olympique ?
Les Jeux, c'était vraiment l'objectif de ma carrière. Gagner le Tour de France, c'est vrai que c'était plus un rêve de petite fille et plus un challenge que je m'étais fixée. Ce sont donc deux victoires qui sont totalement différentes et incomparables mais toutes les deux sont exceptionnelles.

« CLAIREMENT, C’EST TOUTE MA VIE »

Il y a une dizaine d’années, tu disais t’ennuyer un petit peu sur la route. Le fait d’avoir gagné le Tour dès ta première tentative, après tant de sacrifices, pourrait-il te pousser à ne pas aller au bout de ton contrat de trois ans avec la Visma ?
Non, je ne pense pas, parce que j’aime vraiment ce que je fais. Je me sens vraiment bien au sein de cette équipe, je me sens comprise. Ils me laissent ma liberté, faire ce que je veux. J’adore être avec l’équipe, m’entraîner. C’est bizarre car cette rigueur de vie, je peux la détester et paradoxalement, c’est aussi la chose que j’aime le plus. Clairement, c’est toute ma vie le vélo. C’est une vie de moine, un peu, mais c’est comme ça que je me sens le mieux, moi-même. J’irai jusqu’au bout de mon contrat, parce que je ne me sens pas prête d’arrêter. Par contre, je ne sais pas si j’aurai les mêmes objectifs. Mais je trouverai d’autres objectifs.

Tu as gagné le Mondial de VTT à domicile, les Jeux Olympiques à Paris, le Tour de France à la maison… Le Championnat du Monde sur route 2027, qui se tiendra en France, non loin d’ici, peut-il être un objectif ?
Oui, je pense que ça pourrait être un bel objectif de fin de carrière. Pourquoi pas finir ma carrière sur cette course-là, ça pourrait être quelque chose de vraiment beau, d’extraordinaire. J’y ai déjà pensé.

Quelles courses as-tu envie de remporter ?
Il y a encore plein de très belles courses que je n’ai pas encore gagnées. J’adorerais remporter un Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège… C’est dur d’y penser là. Encore une fois, la préparation a été tellement difficile que je ne m’imagine pas vraiment refaire encore une fois la même chose. Mais c’est peut-être parce que je suis au bout du rouleau. Je changerai possiblement d’avis après un peu de repos. Pour le moment, je ne sais pas quelle sera la prochaine course… Après une semaine de repos, je pourrai commencer à réfléchir à ce que je vais faire après.

« TOUT CELA EST ENCADRÉ PAR UN NUTRITIONNISTE, JE NE FAIS PAS LES CHOSES À L'EXTRÊME »

Durant ce Tour, il a également été question du physique des athlètes, et notamment de ta perte de poids pour ce Tour. Tu as toi même évoqué de gros sacrifices physiques durant la semaine. Qu'as-tu à dire, ou à répondre, sur ce sujet possiblement sensible ?

Chaque athlète doit se préparer de la façon dont elle le souhaite. Pour Paris-Roubaix, je n'avais pas ce physique-là car j'avais besoin d'être plus puissante sur le plat et les pavés. Ici, pour le Tour, je voulais arriver dans les conditions que je considérais être les meilleures pour grimper la Madeleine pendant une heure et demie. J'essaie de m'adapter aux parcours prévus. Ce physique, je ne vais pas le garder pour toujours... Ce n'était même que pour le Tour de France. C'est mon travail de faire en sorte d'être la meilleure possible. J'ai fait ce choix d'arriver avec le meilleur rapport poids/puissance possible. J'ai travaillé dur pour cela. J'ai bien conscience que ce n'est pas l'idéal à 100% au niveau de la santé mais je veux quand même préciser que tout cela est encadré par un nutritionniste. Je ne fais pas les choses à l'extrême. Il me reste de la force après neuf jours de course. J'ai entendu assez régulièrement que je n'étais pas forcément un bon exemple pour les enfants, mais c'est aussi aux parents d'expliquer la spécificité de cette situation, que j'ai ce physique-là spécifiquement pour le Tour de France. J'ai fait le job comme je considérais devoir le faire. 

Tu vas pouvoir reprendre du poil de la bête dès ce soir avec une bonne part de pizza ! 
C'est clair : pizza et gâteaux ! (rire). 

Mots-clés

En savoir plus

Portrait de Pauline FERRAND-PRÉVOT