David Menut : « J’arrête sans être aigri »

Crédit photo Hervé Dancerelle / DirectVelo

Crédit photo Hervé Dancerelle / DirectVelo

C’était un secret de polichinelle depuis le début de la dernière saison de cyclo-cross. Mais David Menut aura attendu plus de trois mois après le Championnat du Monde de Hulst pour enfin officialiser l'arrêt de sa carrière. À 34 ans, il aura été l’homme de trois disciplines, le VTT, la route où il a notamment été professionnel pendant trois ans chez Auber 93, et surtout le cyclo-cross. Dans les sous-bois, le coureur de l’AS Bike-France Literie aura lutté jusqu’au bout pour obtenir un titre de Championnat de France Élite qu’il n’aura pas réussi à conquérir en janvier dernier. Ceux qui l’ont côtoyé garderont du Limousin, formé dans le club de Creuse Oxygène Guéret et passé notamment à deux reprises au CR4C Roanne, le souvenir d’un coureur humble, pas avare de conseils envers les plus jeunes. Le Creusois est revenu sur sa carrière pour DirectVelo.


DirectVelo : Tu as choisi d’officialiser l’arrêt de ta carrière…
David Menut : J’ai pas mal poussé ma carrière et profité au maximum parce qu'au final, j'ai 34 ans et c'est plutôt vieux dans le milieu du cyclo-cross, surtout à mon niveau. J'avais décidé de poursuivre l’an passé car la flamme était toujours là. Je m'amusais toujours autant et je n’étais pas du tout dégoûté du vélo. J’arrête sans être aigri. Je n’étais pas contraint et forcé d'aller m'entraîner ces derniers mois, loin de là. Mais en termes de résultats, je ne progressais plus. C’est l’un des signes qui m’a fait dire que j’étais arrivé au bout du truc. Et c’est un peu bateau mais je ressens l'envie de vivre autre chose.

« GÊNÉ DE PARLER DE TOUT ÇA »

Tu as fait la dernière saison en sachant que tu allais arrêter, mais tu n'as pas voulu que cela soit rendu public jusqu'à maintenant. Pourquoi ?
L'hiver précédent, j'avais commencé à parler d’un éventuel arrêt en début d’année 2025. Je me suis rendu compte qu'on me parlait de ça après chaque interview. Cet hiver, j'avais envie que les gens retiennent mes prestations en course. Et à vrai dire, je ne suis vraiment pas un champion. Je suis même gêné de parler de tout ça. Ce n’est pas dans ma nature de faire des jubilés ou d'acter quelque chose.

On a l’impression que tu aurais voulu partir dans l’anonymat et que les suiveurs se rendent compte en octobre que tu n'étais plus là...
Pour moi, ça aurait été l'idéal mais je comprends que c'est important de clore ce chapitre. Et même si j'estime avoir fait une petite carrière, je sais qu'il y a du monde autour de moi qui me suit et qui est intéressé de connaître mes différents choix. J'en profite pour les remercier parce que c'est important d'être suivi, encouragé et soutenu.

Tu avais donc fait le choix de refaire une saison l’hiver dernier...
Ma saison 2024-2025 était à la fois bonne mais aussi frustrante avec un mauvais mois de janvier. J’ai été malade, ça a eu des conséquences sur les dernières courses. J'ai fait le Mondial à Liévin en étant à 70 % à peine de mes capacités. Mais avant cela, j'avais fait la meilleure saison en Elite de toute ma carrière, ça m'avait reboosté. Il y avait du monde aussi autour de moi, dont le Team qui était partant pour que je refasse un hiver. Malheureusement, ma saison 2025-2026 n’a pas été très bonne. Il y a eu plusieurs petits contre-temps, à commencer par une opération du pouce pendant l’été. J’ai raté des courses sur route, j’ai senti que ça m'avait manqué pendant l’hiver. Je me suis ouvert la main ensuite à Quelneuc, et derrière, je suis tombé malade. C'est le commun de tous les coureurs mais finalement, j'ai été plutôt moyen cet hiver.

« PHYSIQUEMENT, JE N’AVAIS PLUS LE NIVEAU »

Tu laisses une belle trace dans le cyclo-cross français…
J’aurais aimé être plus performant et être encore plus souvent dans le Top 10 Mondial mais, il faut être lucide. Je pense que j'ai fait mon maximum avec les moyens que j'avais à ma disposition. Il faut se rendre à l'évidence, le vélo est un sport physique. Et je pense que j'étais quand même assez limité en termes de valeur pure sur le vélo. L’hiver dernier, à la Coupe du Monde de Zonhoven, Thibau Nys me prend trois secondes sur une partie physique et en un virage, j'arrive à lui rentrer dessus. Physiquement, je n’avais plus le niveau.

Mais techniquement, tout le monde te citait en exemple…
Techniquement, je pense que je n'ai jamais été aussi bon que ces deux dernières saisons. À Hulst, en 2024 (il termine 10e, NDLR), j’étais avec (Toon) Aerts et (Michael) Vanthourenhout, je me disais mais qu'est-ce qu'ils font à prendre ces traces-là ? J'allais deux fois plus vite qu'eux dans certains virages et dévers. C’était cool. J'ai pu vraiment me mettre en avant dans la discipline parce que j'ai développé des qualités techniques qui étaient, pour moi, assez folles. C’est une trace que j'espère laisser. Ce n'est pas une récompense, mais c'est sympa de savoir qu'on excelle dans un domaine.

Tu auras réussi à faire une longue carrière alors que tu n’auras couru que trois années dans une équipe Continentale sur la route… Ce qui veut dire que tu as réussi à vivre du cyclo-cross.
J'ai toujours réussi à me débrouiller de ce côté-là, même si je ne peux pas dire que ça a été confortable tous les jours, loin de là. J’ai pu en profiter et m'éclater. Ces dernières années, je n’étais pas payé grâce à mes résultats mais car j’avais un statut. Je ne sais pas si j'ai bien réussi à le faire mais j’avais aussi un rôle d’accompagnement auprès des jeunes coureurs de l’équipe. J'aimais beaucoup ça. Ça a été un vrai plaisir pour moi d'épauler techniquement les jeunes sur des circuits. Ça avait déjà commencé par le VTT dans mon club familial de Creuse Ox’. Et puis plus tard, ça a été le cas en cyclo-cross, que ce soit un petit peu chez Legendre mais surtout à l’AS Bike. Ça a bien complété ma palette de coureur. Ça me prenait du jus, mais pour moi qui suis un grand stressé de la vie, ça m'aidait à penser à autre chose et à ne plus me concentrer sur moi-même.

 
« QUELQU'UN DE PASSIONNÉ »

Qu'est-ce que tu penses que les gens vont retenir de toi ?
C'est une question vraiment compliquée. J'espère déjà qu’ils se diront que j’étais quelqu'un de passionné, ça serait le plus important pour moi parce que c'est le cas. Au final, le vélo, c'est ma vie. C’est une histoire familiale. Je pense que sans mon oncle (Alain, président-fondateur de Creuse Oxygène, NDLR), je n’aurais jamais fait ce sport. Ça n'a rien à voir avec le vélo, mais j'espère être une bonne personne, bienveillante et gentille. 

Es-tu fier de ton parcours ?
Quand on est cycliste, on veut toujours mieux. J'aurais aimé avoir plus de résultats. Parfois, je dis que je ne suis pas frustré de mon parcours, mais au fond de moi, je ne sais pas trop. Je ne regrette pas d’avoir été pro sur route parce que si je ne l'avais pas fait, j'aurais été déçu. Mais ces trois années-là, j'ai complètement mis de côté le cyclo-cross. Peut-être que ma carrière en cross aurait été tout autre sans cela, mais à l'époque, c'était compliqué d’en vivre. Tout le monde l’a oublié mais lors de ma première année en Elite, à Hoogerheide, j’avais fini 12e avec tous les meilleurs mondiaux au départ. Si cette année, j’avais fait la même place, ça aurait été un top résultat (il a fini 21e, NDLR). En arrêtant le cross, j’ai vite perdu mon niveau au point où je n’arrivais pas à faire un Top 20 en Coupe de France après deux ans sur la route chez les pros.

Ça a été dur pour toi d’être loin des sous-bois ?
Oui, car c'est mon sport de cœur et celui où je me suis le plus éclaté. On ne m’a pas empêché de faire du cross mais il aurait fallu que j’enchaîne les deux disciplines, or j'avais besoin de plages de récup. J'ai été contraint et forcé de faire des choix. Je ne resigne pas à Auber pour certaines raisons. J'espérais ensuite continuer sur route dans une autre équipe et au final, ça ne s'est pas fait. J’avais resigné à l’Armée qui était devenue pro mais l’équipe s’est arrêtée. J’ai alors saisi l'opportunité pour revenir en cross mais j’ai mis du temps à retrouver mon niveau.

« LE CHAMPIONNAT DE FRANCE A TOUJOURS ÉTÉ UN PEU UNE ÉNIGME »

Tu n’as jamais été Champion de France Elite…
Le Championnat de France a toujours été un peu une énigme dans la catégorie Elite. En Espoir, j'arrivais à performer, à faire 2e au sprint derrière Clément (Venturini). J'ai été Champion de France Juniors. Mais j’ai marché lors de Championnats où je n'étais vraiment pas attendu. Et en Elite, je m'attendais toujours à être performant.... C’est ce que je me suis dit au Championnat de France en janvier à Troyes. J’ai fait des erreurs mais ça ne sert à rien de se triturer le cerveau maintenant.

Tu étais très déçu après Troyes…
J’ai 34 ans, je ne suis pas quelqu'un qui pleure beaucoup mais ça a été le cas sur la route du retour. J'étais hyper frustré parce que, malgré ce que j'ai pu dire sur mon hiver, je m’étais rassuré fin décembre, je me sentais vraiment monter en pression. Je suis arrivé à Troyes avec beaucoup de confiance. J'étais presque sûr de mes billes, surtout en ayant gagné deux fois à Troyes l'année d'avant en Coupe de France. C'était, entre guillemets, un peu mon circuit. Techniquement, je me sentais au point. Et puis, encore une fois, au moment de la course, mon corps n’a pas répondu. J'étais l'ombre de moi-même comparé aux quatre semaines précédentes. Il y a forcément une part de mental.

As-tu été accompagné mentalement pendant ta carrière ?
On va dire que c'est par périodes. À la fin de ma carrière sur route, c'était très compliqué. Je ne vais pas le cacher, j'étais à deux doigts d'arrêter le vélo pour certaines raisons. J'ai commencé l'accompagnement avec Eric Charles, le psychiatre du sport qui exerce à Limoges et qui est maintenant aussi dans le cyclisme. Il m'a reboosté. C'est un peu grâce à lui que je suis bien reparti et que j'ai repris confiance en moi. J'ai eu la chance aussi d'allier l'utile à l'agréable grâce au vélo. 

À quoi penses-tu ?
J’ai toujours lié le vélo à la nature. Les gens se moquaient de moi (sourire). L’été, ça m’arrivait de finir une bosse et de regarder le soleil se coucher. Je ne sais pas si les jeunes prennent désormais ce plaisir-là. À chaque fois que je découvrais un nouvel endroit, c'était à chaque fois l'extase. Je pense que c'est aussi grâce à ça que j'ai duré, même si certains coureurs continuent bien après 34 ans. J’ai fait ma carrière comme je l'ai faite. J'ai kiffé même s’il y a eu des moments plus difficiles que d'autres. Il y a des choses qui m'ont un peu dégoûté à certains moments. Mais je n'ai jamais compté les années, je me suis éclaté pendant 15 ans à faire du vélo. Je suis heureux d'avoir fait ce que j'ai fait, avec des plaisirs simples. À Troyes, il y avait de la déception, mais j’ai tellement vécu d'émotions grâce à ce sport. Il y a eu cette accolade à l’arrivée avec ma sœur. J’ai passé de super moments en famille et entre amis. Et c'est tellement mieux qu'une vie plate où tu te fais chier à rester chez toi. Je suis heureux et hyper reconnaissant d’avoir connu tout ça, aussi bien les moments d'extase que les déceptions. On vit d'émotions.

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