Evita Muzic : « J’en avais besoin »

Crédit photo Florian Frison / DirectVelo

Crédit photo Florian Frison / DirectVelo

Evita Muzic est de retour à un très bon niveau. Dans le doute il y a quelques semaines encore, la faute notamment à un virus et à un manque de rythme en compétition, la Franc-Comtoise a depuis retrouvé toutes ses sensations sur le front espagnol, enchaînant les podiums sur le Tour d’Espagne, le Tour du Pays Basque, à Durango et enfin lors du Tour de Burgos. Ainsi, sur le seul mois de mai, l’athlète de 27 ans a décroché quatre places de 2 ainsi qu’une troisième place. “J’aurais quand même bien échangé toutes ces places de 2 contre une victoire”, concède-t-elle après coup auprès de DirectVelo. La sociétaire de la formation FDJ United-Suez, qui se verrait bien décrocher un nouveau titre de Championne de France dans un mois à la Tour-du-Pin, revient sur ce printemps très solide, sans oublier d’évoquer les épreuves à venir. Entretien.


DirectVelo : Tu n’étais pas au mieux il y a encore un gros mois de cela, tant physiquement que mentalement. Mais depuis, tu as multiplié les belles performances !
Evita Muzic : Les Ardennaises m’ont fait du bien, même si je n’étais pas encore à 100% dans les jambes. J’avais pu m’échapper en début de course sur la Flèche Wallonne puis j’avais bien roulé pour les filles. Demi (Vollering) avait gagné, cette journée m’a remis en confiance. La Vuelta était ensuite le gros objectif. Je n’étais pas super bien le premier jour, j’étais tendue à cause des chutes, puis il y a eu cette place de 3 un peu surprise dès le lendemain et je me suis sentie super bien tout le reste de la semaine.

« J'AI RETROUVÉ DU PUNCH »

Quel était ton objectif en arrivant sur ce Tour d’Espagne ? 
Collectivement, on espérait un podium avec Juliette (Berthet). De mon côté, je ne me focalisais pas sur le général car on n’était pas certains de là où j’en serais. Dans ma tête, je visais plutôt une victoire d’étape en me disant que le général allait peut-être venir avec. J’ai retrouvé du punch sur les efforts courts, j’étais contente de cette Vuelta.

Et tu as enchaîné par la suite… 
J’ai été chanceuse d’avoir ma chance sur toutes les courses pendant ce mois de mai. Je suis contente d’avoir fait de belles courses, j’ai fait plusieurs fois 2, j’ai répondu présent, c’est bien. C’était une période importante pour moi.

Parmi ces différentes places d’honneur, y’a-t-il une course, une étape en particulier que tu aurais pu gagner et qui te laisse encore des regrets ?
Oui, la dernière étape d’Itzulia, surtout (le Tour du Pays Basque, NDLR). Je pense qu’il y avait moyen de battre Dominika Wlodarczyk au sprint. L’arrivée me convenait bien. Elle a lancé de loin, c’était surprenant. J’ai donc été obligée de démarrer de loin moi aussi. J'ai très vite réussi à remonter deux filles puis je suis revenue à son niveau mais je n’ai pas pu déborder. J’ai eu du mal à digérer cette place de 2 car c’est passé vraiment près. 

« J’AVAIS ÉTÉ PRATIQUEMENT TOUT LE TEMPS EQUIPIÈRE »

Tu as également fait une grosse montée finale lors de l’étape reine du Tour de Burgos pour terminer 2e de l’étape, et du général…
Il y a de quoi rager du comportement de Yara (Kastelijn) mais je suis quand même contente d’avoir pu rejouer les premiers rôles. Au Pays Basque, ce n’était pas pareil, j’ai plutôt suivi et j’ai essayé de faire des places au sprint en profitant de ma pointe de vitesse. Mais sur le Tour de Burgos, j’ai pu attaquer et vraiment jouer devant, même s’il en a manqué un tout petit peu. Elle a réussi à me faire cogiter en ne voulant jamais passer (Evita Muzic est sortie avec Yara Kastelijn et a assumé la totalité du travail pour creuser l’écart sur le groupe des poursuivantes, avant de se faire attaquer par sa dernière adversaire, NDLR). Mais elle était aussi très forte physiquement.

Avant ce cycle de bons résultats, tu expliquais ne pas totalement comprendre ce qu’il t’arrivait. As-tu désormais des explications, après coup ?
J’avais attrapé un virus respiratoire après Valence et j’ai d’ailleurs encore un peu de mal à m’en remettre. On m’a mis sous traitement avant les courses en Espagne et j’ai pu retrouver mes jambes. J’ai passé un examen ce (lundi) matin. J’ai encore une gêne… C’est plus compliqué quand on ne peut pas respirer à 100% sur le vélo, alors il y avait forcément de ça. Et puis, je suis un peu diesel. Il me faut des jours de course pour performer. Il me fallait du temps pour revenir, entre le virus, le manque de jours de course et le retour de stage en altitude. Maintenant, c’est derrière moi.

Tu as aussi retrouvé le plaisir de jouer régulièrement ta carte personnelle dans un collectif extrêmement solide…
L’année dernière, j’avais fini la saison un peu déçue alors que j’étais très bien physiquement. J’avais été pratiquement tout le temps équipière. Cette fois, j’ai pu jouer ma carte et refaire quelques podiums, j’en avais besoin. Je suis remotivée à bloc. Mentalement, ça m’a fait du bien d’enchaîner les perf’ même s’il y a quelques frustrations. Ma mère me dit que c’est mieux de faire 2e qu’avant-dernière (sourire) mais j’aurais quand même bien échangé toutes ces places de 2 contre une victoire (son dernier succès remonte à une étape du Tour d’Espagne 2024, NDLR). Ne plus pouvoir lever les bras en course me manque mais j’espère que ce sera pour bientôt. Dans tous les cas, cette période m’a fait du bien. J’en avais besoin, je devais passer un cap mentalement car une fois que je me sens bien, je me pose moins de questions en course.

« LE CHAMPIONNAT DE FRANCE, J’AIMERAIS BIEN LE GAGNER »

Quelle va être la suite pour toi ?
Le Tour de Catalogne (du 19 au 21 juin, NDLR). Je ne connais pas encore totalement l’effectif de l’équipe mais il y aura moyen d’être leader, même si ce sera un retour en compétition après une coupure, alors je n’y serai pas forcément à 100%. J’aimerais rejouer les premiers rôles, notamment sur l’étape très montagneuse. Il y aura aussi le Championnat de France, pas loin de la maison, sur un circuit très difficile que je connais bien. C’est un rendez-vous.

Pour y retrouver le maillot bleu-blanc-rouge ?
J’avoue que j’aimerais bien le gagner. 2021, ça commence à remonter (elle avait été sacrée Championne de France à Épinal, NDLR). Et ce n’est pas tous les ans qu’il y a un circuit aussi difficile. Il y aura aussi Célia (Gery), bien sûr, qui est très punchy et n’habite pas très loin non plus. Et Juliette (Berthet). Il faudra jouer sur le collectif. Quand on le fait bien, généralement il y a le maillot au bout.

Avant le Tour de France… 
C’est sûr que c’est le prochain gros objectif où il faudra être sur un pic de forme. On aura un gros objectif avec l’équipe d’aller chercher le maillot jaune. Je suis super motivée à l’idée d’y contribuer.
 

Mots-clés

En savoir plus

Portrait de Evita MUZIC