« C’est désolant… » : Encore une belle pagaille en Catalogne

Crédit photo Volta Catalunya

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Énième situation cocasse en cette première partie de saison 2025. Cette fois-ci, c’est sur les routes de la sixième et avant-dernière étape du Tour de Catalogne, ce samedi, qu’une grande confusion a régné pendant plusieurs heures. En cause initialement : des conditions météorologiques difficiles avec de très grosses rafales de vent, à plus de 100 km/h, annoncées sur les plus hauts sommets de ce qui devait être l’étape reine de l’épreuve. Dès vendredi soir, le comité d’organisation avait ainsi publié un communiqué annonçant le retrait de l’ascension du Pradell, le vent soufflant bien trop fort à plus de 1700 mètres d’altitude. Mais la situation a encore évolué peu avant le départ de l’étape. “En arrivant sur place ce matin, on était dans le flou. On a reçu des vidéos du sommet des côtes et on voyait que tout s’envolait. C’était la tempête, explique Sylvain Moniquet auprès de DirectVelo. Il y a eu une réunion des représentants avant le départ. La majorité a voté pour ne pas faire la course, je dirais plus ou moins deux tiers du peloton”.

Parmi les équipes qui ne souhaitaient pas disputer l’étape, la Lidl-Trek du futur lauréat, Quinn Simmons. “Sur la route pour aller au départ, on sentait le bus être secoué par le vent, ça ne donnait pas très envie de monter sur le vélo”, concédera l’Américain en zone d’interviews derrière le podium protocolaire. Les ascensions de la Batallola et de Sant Isidre sont à leur tour supprimées du parcours, comme l’arrivée au sommet prévue à Queralt. Un accord semble alors être trouvé pour un Plan B. “Il a d’abord été envisagé de faire deux tours d’un circuit de 60 bornes mais certains ont considéré que c’était encore trop dangereux et risqué alors une option intermédiaire a été choisie : faire la première des deux boucles neutralisée, nous décrit Michel Ries. Comme toujours dans ces cas-là, la communication n’a pas été idéale”, reprend le Luxembourgeois d’Arkéa-B&B Hôtels.

« TOTALEMENT PRATICABLE »

Après moult rebondissements et palabres avec notamment les représentants des coureurs - Omar Fraile, Tom Paquot et Carlos Verona -, le peloton se lance dans cette fameuse boucle, en convoi. L’occasion pour plusieurs athlètes espagnols, dont Marc Soler ou encore Juan-Pedro Lopez, d’aller échanger à la fenêtre de l’organisateur, Ruben Peris. Certains veulent reprendre la course, d’autres souhaitent passer la (nouvelle) ligne d’arrivée à Berga pour dire de, sans se disputer l’étape. Le circuit emprunté est qualifié de “totalement praticable” par Rudy Molard et tous les coureurs interrogés - DirectVelo souhaitait faire réagir un représentant de chaque formation hexagonale mais l’équipe Decathlon AG2R La Mondiale n’a pas souhaité que Bruno Armirail s’exprime sur le sujet, NDLR -. “Les parties en altitude étaient bien plus exposées mais les routes que l’on a finalement empruntées n’étaient pas dangereuses du tout”, appuie le leader de l’épreuve, Juan Ayuso.

Mais soudain, après un premier demi-tour de circuit, il est annoncé sur les ondes de RadioCourse que l’étape va reprendre pour 28 kilomètres, et que l’arrivée sera ainsi jugée dès la fin de cette première boucle, sans bonifications sur la ligne et avec des temps gelés au classement général aux cinq kilomètres. “Les organisateurs ont considéré que l’on n’allait plus être dans les clous pour la télé si l’on faisait la deuxième boucle car on avait déjà pris beaucoup de retard”, précise Rudy Molard. “Ils nous ont aussi dit que c’était mieux pour nous, histoire de ne pas rentrer trop tard à l’hôtel”, ajoute Sylvain Moniquet. Un problème de communication entre les différentes formations, visiblement, car le comité d'organisation expliquera après que la course que ce sont des coureurs eux-mêmes qui ont insisté pour ne pas faire la seconde boucle (lire ici). Problème, beaucoup semblent avoir été prévenus au tout dernier moment. “D’un coup, on nous a dit que l’on partait pour de bon dans deux bornes. J’étais en train de déposer des vêtements chauds à la voiture”, confirme Quinn Simmons.

« L’UCI DEVRAIT METTRE EN PLACE UN PROTOCOLE EN CAS DE NEUTRALISATION »

Une situation qui a au mieux surpris, au pire énervé des coureurs dubitatifs. “C’est désolant… Les années passent mais rien ne change, peste Rudy Molard. On a un groupe CPA, des représentants, SAFER, mais c’est toujours le bordel et on se retrouve encore une fois avec des décisions de dernière minute. Quand ce n’est pas jouable, une solution de repli doit être envisagée mais on ne peut pas relancer la course en étant prévenus un kilomètre avant. Ce n’est pas normal”. Le coureur de la Groupama-FDJ ne souhaite pas accabler le comité d’organisation. Mais bien au-delà de ce cas précis, il aimerait simplement que les choses changent, lassé de voir se répéter les mêmes scènes de pagaille. “On veut simplement savoir où l’on va et ce que l’on fait en prenant le départ. Il n’y pas de mauvaise décision, on a le droit de se tromper, mais on doit savoir ce qu’il en est. Que l’on nous propose un scénario en amont, pas pendant que l’on est sur le vélo. On a accepté de partir en convoi pour respecter le comité d’organisation, mais on ne peut pas tout changer à la volée”.

Michel Ries partage le sentiment de Rudy Molard : “ce départ m’a vraiment posé problème. On n’a même pas eu le temps de se préparer. L’UCI devrait mettre en place un protocole en cas de neutralisation et de reprise d’une course. Déjà à Paris-Nice, c’était compliqué pour les mêmes raisons : tu es à la voiture en train de te changer et tu apprends que ça va repartir dans deux minutes”. Pareil scénario s’était aussi produit à Bessèges, en février (lire ici). Sylvain Moniquet, justement, avait déjà pris la parole lors de la récente neutralisation sur « la Course au Soleil » (lire ici). Le voici encore directement concerné en Catalogne. “Il y a eu beaucoup de malentendus. On ne peut pas nous annoncer comme ça, d’un coup, que le départ va être donné dans une minute. Pour une orga du WorldTour, c’est limite. Le but n’est pas de se plaindre car je comprends le stress des organisateurs et les enjeux. Il a fallu déménager toutes les infrastructures d’arrivée, sécuriser un nouveau circuit, mobiliser la police sur une zone qui n’était pas prévue. Ce n’est vraiment pas simple, mais j’ose espérer qu’il y a mieux à faire”.

« ÇA MET ENCORE UNE FOIS EN LUMIÈRE LES PROBLÈMES ACTUELS »

D’après plusieurs coureurs, la course a même été faussée. “On a repris sur une route étroite et sinueuse. Ce n’était pas le meilleur endroit pour repartir. Si tu partais de derrière, tu ne pouvais plus remonter”, assure Michel Ries, relayé dans ses propos par un Rudy Molard qui n’a jamais pu espérer quoi que ce soit durant ces 25 minutes de course. “J’ai passé quasi 20 bornes dans la roue du même coureur, je n’ai revu la boule qu’à la fin… Heureusement qu’ils ont gelé les temps pour le général car sportivement, ça n’avait ni queue ni tête”. Même Quinn Simmons, pourtant lauréat de l’étape après avoir plus ou moins fait le coup du kilomètre, était objectivement mesuré quant à ce succès. “Ça se termine très bien pour l’équipe mais en réalité, ça met encore une fois en lumière les problèmes actuels dans le monde du cyclisme. Quand il y a danger, les coureurs ne parviennent pas à se mettre d’accord et dans le cas où l’on trouve un accord, ce sont les organisateurs qui ne suivent pas forcément notre volonté. C’est top de gagner, c’est une belle ligne au palmarès au niveau WorldTour, c’est bien d’avoir fait la course pour le public présent, mais ça ne doit pas faire oublier le reste”.

Le reste, c’est cette grande confusion et le sentiment qu’il est décidément extrêmement difficile de trouver une solution commune et collective en cas de nécessité de s’adapter. “C’était assez déroutant mais moi, je trouve que les organisateurs ont fait du bon boulot d’adaptation. Je me mets à leur place”, a tout de même déclaré Juan Ayuso. “Il est vrai que quand une décision à prendre concerne autant de monde, il est difficile de tous se mettre d’accord”, mesure le leader d’UAE Team Emirates. Michel Ries, malgré quelques incompréhensions, ne veut pas être trop dur avec le comité d’organisation non plus. “L’orga n’a pas si mal géré, dans le fond. Parfois par le passé, l’opinion des coureurs a été complètement ignorée. Ce n’était pas le cas cette fois-ci”. Mais ce départ improvisé laisse particulièrement perplexe. “C’était un champ de bataille, dans une descente sinueuse. Tout le monde voulait faire sa place, j’ai vu deux-trois gars partir dans le bas-côté. Ce n’est pas très professionnel de la part des orgas sur cet aspect-là”, tance Sylvain Moniquet. Et à l’expérimenté Rudy Molard de conclure : “pour l’image du vélo, ce n’est pas terrible. C’est une journée qui doit compter pour la suite. J’espère que l’on pourra construire quelque chose de positif là-dessus. On a limité la casse pour l’orga, il y a eu une course et un vainqueur, mais il faudra savoir en tirer de bonnes conclusions”.

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