François Lamiraud : « Le monde du vélo n'a pas d'attirance pour le sprint »
Crédit photo DirectVelo
Les cartes des filières de la DTN ont été rebattues à l'aube de la nouvelle olympiade qui sera marquée par le Super Championnat du Monde 2027 en Haute-Savoie (lire ici). La filière piste a été séparée en deux, d'un côté le sprint réuni avec le BMX, mais aussi pump track et le speedway, et de l'autre l'endurance a été rattachée à la route. François Lamiraud, ancien manager de la piste, a été nommé chef de cette nouvelle filière sprint. Pour DirectVelo, il explique cette nouvelle mission et ses objectifs.
DirectVelo : Comment s'est décidée la séparation de la vitesse et de l'endurance ?
François Lamiraud : La DTN voulait rajouter de la transversalité et travailler par filière énergétique, en vue du Super Championnat du Monde 2027, et faciliter les éventuels transferts de discipline en vue des Jeux olympiques de 2028 et 2032. On veut rajouter des liens et créer des synergies entre différentes disciplines. Une nouvelle olympiade c'est aussi l'occasion de bouger les lignes.
« FACILITER LES CHANGEMENTS DE DISCIPLINES »
Il y aura des coureurs qui vont changer de discipline ?
Il y a des liens entre la vitesse et le BMX, l'objectif est de faciliter les changements de disciplines. A Bourges, il y a déjà des séances mutuelles entre le pôle ultramarin et le BMX. À Saint-Quentin, des coureurs de BMX viennent travailler sur la piste depuis les Jeux de Paris. Mais il faut regarder les projets des athlètes. L'idée est aussi de répondre aux attentes du projet sprint en élargissant la base des pratiquants. Depuis la fin de 2024, je travaille aussi sur le projet Brisbane 2032 pour réfléchir et proposer un plan d'action pour reconstruire la filière sprint et le BMX fait partie de ce projet 2032 pour la vitesse.
Est-ce que vous avez analysé ce qui n'a pas marché aux JO de Paris ?
On a posé des constats. Il y a un projet à repenser à la base, apporter de la compétence dans les entraînements au niveau local avec des compétitions pour retrouver de la confrontation. Nous voulons trouver des athlètes motivés. Le sprint souffre du manque d'appétence pour cette spécialité. On voit que le monde du vélo n'a pas d'attirance pour le sprint. Sur route, il y a de moins en moins d'étapes pour sprinters dans les Grands Tours, il y a peu de visibilité pour les sprinters. Il faut redonner l'envie à des sprinters de faire carrière. Ils n'ont pas de Tour mais les JO, les Championnats du Monde et d'Europe.
« J'AI PENSÉ À MICHEL MEUNIER »
Pourquoi avoir accepté cette mission ?
Je ne viens pas du sprint mais il y a un défi à relever. Au moment de me décider, j'ai pensé à Michel Meunier (lire ici). Je discutais beaucoup de sprint avec Michel. Il aurait été sensible à cette question tant il a contribué à élaborer des programmes et des compétitions. Avec le BMX, les expériences positives peuvent se transposer. Il faut essayer de s'inspirer des modèles de compétition.
Depuis les Jeux de Paris, on entend des coureurs se sentir soulagés d'en avoir fini avec les JO, est-ce que la pression a été bien gérée ?
C'était un événement à la maison et d'autres disciplines ont réussi. Il y a eu des résultats dans la dernière olympiade qui ne trompaient pas. Une perf olympique ça se construit sur plusieurs années. Les attentes étaient élevées. Mais nous repartons aujourd'hui avec des sprinters qui étaient là en 2024. C'est important de penser à long terme avec les plus jeunes, c'est pour ça qu'on travaille sur 2032. Il faut du temps pour former des sprinters de haut niveau mais les échéances arrivent vite. Chacun se remet au travail, faisons-nous confiance.
« COMME SI UN BOXEUR BOXAIT CONTRE SON SAC EN PERMANENCE »
Quelle est l'importance des Super Championnats du Monde 2027 par rapport aux Jeux de Los Angeles ?
Le Super Championnat du Monde est très important pour la fédération et peut servir de tremplin pour 2028. Le but c'est aussi d'avoir un héritage de ces Championnats du Monde. Les deux sont très importants. En 2027, les Juniors seront aussi représentés. Si on réussit bien le Championnat du Monde, on marquera des points psychologiques pour les Jeux suivants.
Le manque de compétition de vitesse revient souvent...
C'est comme si un boxeur boxait contre son sac en permanence... Le but c'est que les athlètes se confrontent, développent des schémas tactiques, aient envie de battre l'adversaire. La Coupe de France de l'Avenir donne une belle dynamique. Avant le Championnat de France à Loudéac, j'ai animé une formation fédérale pour plusieurs entraîneurs. Ils vont contribuer à donner une dynamique avec l'organisation de réunions 100% sprint, à Châteaubriant ou à Laval. Il y a quelque chose à faire mais il nous faut plus d'organisations. La FFC va envoyer Grégory Baugé en mission d'accompagnement des clubs dans l'animation de sections sprints. La DTN doit diffuser dans les clubs son expérience et son savoir. Les clubs de BMX peuvent aussi pratiquer la piste s'il y en a une à proximité pour progresser dans leur discipline. Il y a des choses à créer entre les clubs de BMX et l’activité piste. C'est un joli défi.
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